Les manutraces d'une ruse


Clin d'œil à Georges Perec, encore. Mais pas seulement parce qu'il fut une pièce centrale dans mes échanges oraux et écrits avec mon Père. Parce que ses textes, son œuvre, interrogeant le sens des choses, sont une des principales clés qui m'a donné accès à mes propres ruses.
Peut-être est-ce d'ailleurs en m'interrogeant sur la singularité de son œuvre et de son écho en moi que j'ai éprouvé - et non seulement compris de façon abstraite - la notion de "big picture", d'un motif - au départ inaccessible à celui qui écrit - mais qui traverse l'ensemble de son œuvre.
Perec avait tout pour résonner en moi, être une clé permettant de découvrir mes propres cicatroces. Car ce qu'il a cherché toute sa vie à dire, à livrer pour se délivrer, c'est l'angoisse de la disparition des êtres et des choses aimés. Je pense ainsi à "La vie, mode d'emploi", "Les choses" ou bien entendu "les lieux d'une ruse", la nouvelle qui cherche (en vain ?) à définir le processus du travail psychanalytique et référence assumée de ce texte.
J'imagine que, quand on veut réellement s'approprier les textes de Perec et leur sens (à peine) caché, comprendre le thème commun, il faut revenir à son histoire personnelle, histoire qui, d'ailleurs, ne manque pas de parallèle avec celle de mon père, Jean-Claude ABRAMOVICI (deux enfants cachés, mon père ne connut pas le drame de perdre ses parents en déportation mais mon grand-père fut dénoncé à au moins deux reprises et n'échappa à l'arrestation que par miracle/ complicité des gendarmes français qui ne firent pas du zèle).
Tout était réuni pour faire de cette ruse littéraire institutionnalisée en général, de l'œuvre de Pérec en particulier une tradition familiale propre aux fratries fondées par mon père et un langage partagé, presque un code secret qui, de façon inconsciente, nous transmettaient les secrets du roman familial des abramovici en général, de "l'arbre à mots" (ici) en particulier.
Alors chers lecteurs et frères, je vous demande d'accepter (sans discussion d'abord) mes bricolages oulipens et d'en saisir le sens (puisque auteur, j'ai la liberté de fixé la "définition" - autre jeu que nous aimions tant)
Une cicatroce désigne une trace, une blessure, une "cicatrice" laissée non pas par un choc (physique ou psychologique) objectivable mais par la compréhension fantasmée et potentiellement très éloignée de la "réalité" qui un enfant / survivant se construit pour donner coûte que coûte du sens aux cicatrices.
Une manutrace (on parlera souvent des manutraces (au pluriel)) désigne l'ensemble des productions individuelles - en général mais pas uniquement - dans le domaine créatif qui ont un potentiel de révélation des cicatroces.
La manutrace est, le plus souvent, une création de l'auteur cicatrocé qu'il fait sans avoir conscience de sa dimension cathartique et libératrice. Ce n'est que quand ce dernier entame un travail analytique qu'il commence à accéder au sens caché des manutraces.
Ce que décrit si bien la nouvelle "les lieux d'une ruse" de Perec.
La boucle est bouclée....


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